• L'Europe au tournant du siècle

    L'Europe au tournant du siècle

    Au tournant du siècle, l'Europe connaît une période de croissance explosive.
    Les activités industrielles s'intensifient. Les voies ferrées et les bateaux à vapeur facilitent le transport. Les villes explosent. Pour la première fois, les gens volent dans des appareils qui sont plus lourds que l'air et roulent dans des véhicules sans chevaux. Le sport rend les gens en meilleure forme et en meilleure santé. Toutes ces nouvelles idées et découvertes mènent à une croyance euphorique au progrès. Mais en même temps surgit la crainte que les forces de l'ère de la machine ne deviennent incontrôlables et ne se retournent contre l'homme.

    Durant la période précédant la Première Guerre mondiale, tous les ingrédients étaient présents pour une course à l'armement: nouvelles technologies et nouveaux matériaux pour un armement plus lourd, trusts industriels aux moyens financiers importants, chefs de gouvernement impérialistes et un accroissement de la population qui permettait l'élargissement des armées.

    En 1914, les empereurs et les rois européens étaient au sommet de leur pouvoir. A l'intérieur de leurs frontières, ils contrôlaient souvent des groupes de population de plusieurs nationalités. En dehors de l'Europe, ils exerçaient leur pouvoir colonial sur de nombreux peuples étrangers. Leurs territoires d'outre-mer apportaient prospérité et pouvoir aux Britanniques, aux Français, aux Allemands, aux Belges, aux Néerlandais, aux Portugais et aux Italiens. Cette position de force était néanmoins menacée de plusieurs côtés. Des minorités ethniques défendaient leurs droits: les Irlandais au Royaume-Uni, les Bosniaques en Autriche-Hongrie ....

    Les gens étaient fiers de leur peuple, de leur langue, de leur culture et s'opposaient aux envahisseurs étrangers. Les sentiments nationalistes étaient exprimés et chantés sur tous les tons.

  • Alliances

    Au tournant du siècle, l'Europe était le théâtre d'un jeu de pouvoir compliqué. Les grandes puissances changeaient sans cesse d'alliances, de traités, et d'ententes comme des joueurs d'échecs accomplis qui déplacent leurs pions. Le fait que de nombreuses dynasties faisaient partie de la même famille facilitait les choses. Ainsi, le roi britannique était à la fois apparenté à l'empereur allemand et au tsar russe.

    Finalement deux grands blocs de pouvoir étaient en opposition: la Triple Alliance et la Triple Entente. La Triple Alliance et la Triple Entente étaient des accords de collaboration militaires. Si deux des six pays entraient en conflit, les quatre autres étaient automatiquement impliqués. Par ces alliances, la recette pour une grande guerre, une guerre mondiale était prête dès 1907.

    Outre ces deux grandes alliances, les grandes puissances avaient également conclu des traités à gauche et à droite avec de plus petits pays. Ainsi, la Serbie fut soutenue par la Russie. Une situation dangereuse car la Serbie était un ennemi de l'Autriche-Hongrie. Un conflit entre la Serbie et la double monarchie pourrait donc entraîner la Russie, et ce faisant le reste de l'Europe. La bombe à retardement était enclenchée.

    Le monde en dehors de l'Europe ne jouait pas encore de rôle en 1914. L'Afrique et l'Asie étaient presque totalement colonisées par les Etats européens. Les Etats-Unis se tenaient provisoirement à l'écart des querelles de voisinage sur le vieux continent. Ils n'entreraient en guerre qu'en 1917.

  • Les grandes puissances

    Les grandes puissances

    Les alliances ne se sont pas créées au hasard. Derrière les alliances de papier, se cachaient des conflits de longue durée et des intérêts contradictoires. La plus grande menace pour l'équilibre de l'Europe était la progression de l'Empire allemand. L'Empire allemand était un jeune Etat en 1914. Pendant des siècles, il s'agissait d'une mosaïque de royaumes, de duchés et de plus petits territoires indépendants. Ce n'est qu'à la fin du 19ème siècle que l'unification allemande est devenue effective sous la direction de la Prusse. En 1871, après une victoire écrasante sur la France, l'Empire allemand a été proclamé. Le nouvel Etat a non seulement connu une énorme croissance de sa population mais il avait également le vent en poupe sur le plan économique. Sur le plan politique, militaire et colonial, il jouait néanmoins toujours un rôle de second plan. C'est du moins ce qu'en pensaient les Allemands eux-mêmes. Sous l'empereur Guillaume II, qui était connu pour son arrogance, cela devait changer. L'Allemagne se battrait pour avoir sa place au soleil. Les autres grandes puissances se sentaient menacées par la croissance de l'Allemagne. La France craignait d'être totalement éclipsée. Elle comptait moins d'habitants - 39 millions de Français contre 65 millions d'Allemands - et l'économie française était également moins forte. La France avait néanmoins ses colonies en Afrique et en Asie. Le pays éprouvait également toujours un fort désir de vengeance pour sa défaite de 1870. La perte de l'Alsace-Lorraine n'était toujours pas acceptée. Au tournant du siècle, la Grande-Bretagne était au sommet de ses capacités. L'Empire britannique régnait sur une grande partie du globe terrestre. La base de cette domination était la puissance maritime britannique. Les Britanniques avaient calculé que leur flotte devait au moins être aussi grande que les deuxième et troisième plus grandes flottes réunies. Lorsque les Allemands ont agrandi leur propre flotte, les Britanniques se sont sentis directement menacés.

  • Nationalisme

    Un deuxième danger, outre l'expansion du pouvoir allemand, était le nationalisme. Les peuples voulaient un propre Etat, les Etats voulaient s'agrandir.

    Le nationalisme était surtout un danger pour l'Autriche-Hongrie, l'allier allemand en Europe centrale et dans les Balkans. La double monarchie comptait en effet pas moins de douze groupes ethniques différents. Par ailleurs, les jeunes pays voisins comme la Serbie et la Roumanie jetaient un regard plein de convoitise sur des parties de l'Etat multinational.

  • Sources de conflit

    Le jeu de pouvoir des grandes puissances avait déjà poussé l'Europe au bord de la guerre à plusieurs reprises avant 1914. En 1908, l'Autriche-Hongrie avait annexé la Bosnie-Herzégovine à la grande colère de la Russie et de la Serbie. En 1911, l'Allemagne était en différend avec la France et la Grande-Bretagne à propos du Maroc. En 1912 et 1913, les première et deuxième guerres balkaniques ont fait rage. La Turquie a perdu pratiquement tous ses territoires en Europe mais les grandes puissances ne sont pas encore intervenues.

    Une conflagration mondiale éclaterait pourtant durant l'été de 1914. L'étincelle a été allumée dans les Balkans, la 'poudrière de l'Europe'. Un incident à Sarajevo a fait en sorte que le fragile équilibre des forces en Europe s'écroule comme un château de cartes.

  • Ypres en tant que ville médiévale

    La renommée et la prospérité d'Ypres ont atteint un point culminant au Moyen-Âge. Les draperies d'Ypres étaient commercialisées jusqu'en Russie. Le poète anglais Geoffrey Chaucer fait référence, dans ses célèbres Contes de Canterbury, au savoir-faire des tisserands de 'Ipres and Gaunt' (Ypres et Gand).

    Le bâtiment original des Halles aux draps, une construction saisissante pour son époque, a été érigé entre 1260 et 1304 et servait en même temps de marché et d'entrepôt pour la laine et le drap. La ville disposait alors d'un port animé et la majeure partie de la laine était véhiculée par bateau. Les bateaux accédaient à la ville via l'Ieperlee (qui est désormais une rivière voûtée) et étaient amarrés juste à côté des Halles aux draps. Il était plus facile de transporter des marchandises sur l'eau que sur route. Les polders flamands étaient en effet gagnés sur la mer et étaient et sont toujours très marécageux.

    Pendant tout un temps, Ypres, Gand et Bruges se sont partagés le contrôle sur la région. En 1383, lors de la guerre de Cent Ans, Ypres a cependant été assiégée pendant deux mois par une armée anglaise, soutenue par des troupes de Gand. Les quelques 20.000 habitants ont résisté, mais la ville a été coupée de l'arrivage vital de laine anglaise. Le commerce a subi des dommages irréparables.

    Ypres ressemble toujours au centre d'affaires médiéval florissant qu'il était autrefois. Mais aucun bâtiment de la ville ne date d'avant 1918. Pendant la Première Guerre mondiale, Ypres a été dévastée à un point qu'un cavalier pouvait voir à travers la ville. Quelques semaines à peine après l'armistice, les gens sont revenus et ont tenté de rendre leur ville de nouveau habitable. La Cathédrale a été terminée en 1930 et le Beffroi des Halles aux draps a été reconstruit fidèlement en 1934. La reconstruction des Halles aux draps en elles-mêmes ne fut achevée qu'en 1967.

  • Ypres avant la Grande Guerre

    Avant 1914, Ypres était une ville de province florissante avec un passé glorieux. Avec son Ecole d'équitation et sa caserne d'infanterie, Ypres était une ville de garnison. Grâce à la présence de nombreux officiers, un groupe non négligeable d'Yprois pouvait mener une existence confortable et même relativement mondaine. Le reste des habitants vivait de la production de ruban, de dentelle, de coton et de savon. La ville attirait des touristes qui voulaient surtout visiter les Halles aux draps, le plus grand bâtiment gothique non-religieux d'Europe et un monument qui avait survécu à des siècles de siège et de guerre périodiques.

    Pour le reste, il ne se passait pas grand-chose à Ypres avant 1914. La manchette retentissante dans le journal local 'Un coup fatal pour une série d'aubergistes' se rapportait à la suppression proposée de deux jours de congé pendant la période de carnaval. En ce qui concerne la question nationale la plus urgente, la réforme de l'armée de 1913 qui a généralisé le service militaire obligatoire, les notables catholiques semblaient plus préoccupés par l'éventuelle influence néfaste que pouvait avoir la vie de caserne sur l'éducation de leurs fils que par la défense de la patrie.

  • Le Saillant d'Ypres

    Pourquoi le nom Ypres - ou 'Wipers', comme les soldats britanniques prononçaient le nom de cette ville - fut-il si tristement célèbre lors de la Première Guerre mondiale? Et qu'était le Saillant d'Ypres? 'Saillant' est un terme militaire venant du français. Il s'agit d'une portion de terrain qui s'avance tellement loin dans les lignes ennemie que l'ennemi peut la traverser en tirant. Pour les défenseurs, il s'agit d'un endroit où une balle peut vous atteindre aussi bien par l'avant que par l'arrière - et aussi par le côté.

    Le front d'Ypres constituait un tel saillant, une avancée en arc de cercle vers l'est qui se contractait et se dilatait alternativement lorsque les hostilités quasi ininterrompues se transformaient en une grande bataille, ce qui s'est produit à trois reprises. Le fait que le front avait depuis le début cette forme curieuse vient du fait qu'il coïncidait avec les collines d'Ypres, qui formaient plus ou moins un demi-cercle autour de la ville à partir de Klerken au nord jusque Messines au sud en passant par Passendale, Geluveld et Wijtschate. (Il ne faut d'ailleurs pas confondre cette chaîne de collines autour d'Ypres avec la région vallonnée au sud-ouest d'Ypres qui est appelée, avec un peu d'exagération, la région montagneuse de Flandre occidentale).

    On ne voit pas les collines de la ville. Mais à partir des 'sommets', qui ne dépassent d'ailleurs jamais les 85 mètres, vous percevez directement, en cas de temps clair, l'intérêt stratégique de ces collines. En bas se trouve Ypres: une cible impuissante, tout comme l'infanterie qui défendait la ville à partir des tranchées du Saillant et comme l'artillerie un peu plus loin. Au départ, il y avait encore des arbres et des bâtiments pour cacher les troupes et l'artillerie, mais à la fin de 1917, plus aucune maison ni aucun arbre ne tenait encore debout.

  • Les armées

    Royaume-Uni

    Le Royaume-Uni était la seule grande puissance à n'avoir qu'une armée de métier. Elle était dès lors relativement petite: même pas 200.000 hommes. Il y avait en outre encore des réservistes, et naturellement la marine. L'armée de terre portait un uniforme kaki.

    Tout de suite après l'éclatement de la guerre, des volontaires ont commencé à arriver en masse. En 1916, le service obligatoire a en outre été instauré. De ce fait, il y avait pas moins de 5 millions de soldats britanniques à la fin de la guerre.

    Belgique

    Les forces militaires allemandes qui ont envahi la Belgique se composaient de pas moins de 850.000 soldats armés de manière moderne et bien entraînés. La Belgique ne pouvait pas faire grand-chose face à cela. Malgré l'instauration du service obligatoire en 1913, l'armée belge ne comptait au total que 200.000 hommes. L'armement était dépassé et insuffisant, il n'y avait pas de plan de défense clair et la formation n'était pas à la hauteur. Les nombreux volontaires de guerre enthousiastes ne pouvaient pas y changer grand-chose.

    Allemagne

    L'expansion du pouvoir allemand et le nationalisme menaçaient de rompre le fragile équilibre des forces en Europe. La conséquence fut une rapide course aux armements. La plupart des pays agrandirent également sensiblement leur armée.

    L'Empire allemand avait au total pas moins de 3,8 millions d'hommes sous les armes. Ils portaient un nouvel uniforme, gris-brun. Les réserves allemandes étaient bien mieux formées et armées que les françaises. L'Allemagne disposait également de canons beaucoup plus lourds. Leur flotte était la deuxième plus grande au monde après la britannique. En outre, les Allemands pouvaient faire usage de zeppelins pour effectuer des vols de reconnaissance et des bombardements aériens.

    Russie

    L'armée russe était la plus grande de toutes. La plupart des soldats étaient néanmoins mal équipés et formés. Les Allemands craignaient pourtant le 'rouleau compresseur russe'.

    Mais ils ont immédiatement battu l'ours russe sur le front est dès août 1914. La menace était provisoirement écartée.

    Autriche-Hongrie

    L'armée d'Autriche-Hongrie était grande, mais elle comptait trop de nationalités différentes. Trois-quarts des soldats n'étaient pas d'origine germanophone. Cela en faisait une armée difficile à commander.

    France

    La France avait une armée de la même taille que celle de l'Allemagne: 3,8 millions. Les Français utilisaient des canons plus légers que les Allemands. Ils étaient très maniables et rapides mais aussi beaucoup moins puissants. Les soldats portaient toujours leur vieil équipement voyant: une tunique bleue et un pantalon rouge. Il s'agissait de couleurs trop voyantes qui coûteraient la vie à de nombreux soldats.

  • Le Plan Von Schlieffen

    L'Allemagne était entourée des deux côtés par des ennemis: la France et la Russie qui avaient conclu une alliance militaire en 1893. Cela plaçait l'Allemagne face à un problème épineux: si elle attaquait l'un des deux, elle aurait immédiatement deux adversaires contre elle, et sur deux fronts en même temps de surcroît.
    Afin d'éviter une telle guerre sur deux fronts, l'état-major de l'armée allemande avait un plan: le plan Schlieffen, du nom de l'ancien chef d'état-major allemand, le comte Alfred von Schlieffen.

    Le plan Schlieffen était entièrement basé sur la rapidité et le timing. Les Allemands ont calculé que la Russie aurait besoin de 6 semaines pour mobiliser son armée. L'Allemagne elle-même n'avait besoin que de 2 semaines, tout comme la France. C'est pourquoi les Allemands ont misé sur une victoire rapide dans les six semaines contre la France. Lorsque les Français seraient battus sur le front ouest, les Allemands pourraient attaquer tranquillement les Russes sur le front est. Du moins, c'était leur intention.

    Schlieffen se disait que les Français s'attendraient à une attaque allemande via l'Alsace-Lorraine. Depuis la guerre franco-allemande, lorsque les Allemands avaient conquis la région, la France avait construit une ceinture de forteresses le long de sa nouvelle frontière du côté est. Afin de les contourner, Schlieffen a décidé d'attaquer la France par le nord. La frontière française avec la Belgique n'était pas très protégée. Les Allemands feraient ensuite une percée rapide jusqu'à Paris et ils attaqueraient l'armée française par derrière et l'anéantiraient.

    Belgique

    Il y avait un gros ennui avec le plan Schlieffen: la Belgique était un pays neutre depuis sa création en 1830. Qui plus est, l'Allemagne était l'un des 'garants': tout comme le Royaume-Uni, la France, l'Autriche et la Russie, elle s'était engagée solennellement à l'époque de protéger en permanence la neutralité belge. Les Allemands ont néanmoins persisté dans le plan Schlieffen. Ils ne se faisaient pas trop de soucis à propos d'une éventuelle résistance en Belgique. Ils pensaient que ce petit pays n'oserait pas s'opposer.

    France

    La frontière française avec la Belgique était en effet peu protégée. Il y avait plusieurs causes à cette erreur dans la stratégie française. La principale était la doctrine de l' 'offensive à outrance', la croyance en la force de l'attaque à outrance. Pour les stratèges militaires français, l'attaque était noble et honorable, la défense était sournoise et lâche.

    Les Français ne pensaient pas non plus que les Allemands violeraient la neutralité de la Belgique, car ils impliqueraient ce faisant l'Angleterre dans le conflit. En outre, le commandant en chef français Joffre pensait qu'une manoeuvre de contournement des Allemands serait d'ailleurs une bonne chose, car ils seraient alors vulnérables au centre. Un général français l'a exprimé comme suit: 'Tant mieux pour nous s'ils atteignent Lille. Nous couperons tout simplement l'armée allemande en deux!'

    Mais les Français ne tenaient pas compte de l'emploi de troupes de réserves ennemies. Les Allemands pouvaient ainsi à la fois attaquer à l'ouest et résister au centre.

    Lorsque la guerre a finalement éclaté, les Français ont fait exactement ce à quoi les Allemands s'étaient attendus. Ils avaient concentré toutes leurs forces en Alsace-Lorraine et avaient négligé leur frontière du côté nord. En août 1914, les armées allemandes ont ainsi pu rapidement traverser la Belgique et le Nord de la France et progresser vers Paris. Ils chassaient les armées française et britannique devant eux. Il semblait bien que l'Allemagne réduirait à néant la résistance des Alliés dans les six semaines comme prévu.

    Un échec

    Pourtant, le plan Schlieffen est devenu un fiasco quelques semaines plus tard. Juste avant Paris, le général von Kluck, le commandant de l'armée allemande la plus occidentale, a décidé de s'écarter du plan. Au lieu d'avancer jusqu'à Paris, il a dévié vers le sud-est. De cette manière, il a donné l'opportunité à ses adversaires de se regrouper et de l'attaquer de flanc. C'est ce qui s'est passé lors de la bataille de la Marne, à laquelle 2 millions de soldats ont participé.

    Pourquoi les Allemands se sont-ils écartés de leur plan d'origine? Von Kluck craignait-il d'être isolé de son ravitaillement? Ses soldats étaient-ils trop épuisés d'avoir marché pendant des jours? Nous n'en serons jamais sûrs.

    Le plan Schlieffen semblait parfait sur papier, mais il s'est irrévocablement enlisé dans le chaos et la confusion des premiers jours de guerre. Tout comme les Français, les Allemands n'avaient pas compris qu'une guerre à cette échelle ne pouvait être maîtrisée par personne.

    Après la bataille de la Marne, les Allemands ont dû se replier. Après quelques semaines, les manœuvres des Alliés se sont également enlisées dans la boue du Nord de la France et de la plaine de l'Yser. Une double ligne continue de tranchées fortifiées de la mer du Nord à la frontière suisse a vu le jour. La guerre de mouvement s'était enlisée dans une impasse sanglante, qui durerait quatre ans. Des centaines de milliers de personnes avaient perdu la vie, étaient tombées au champ d'honneur et avaient été assassinées pour cette impasse.

  • Sarajevo

    Bismarck l'avait prédit: l'une ou l'autre bêtise dans les Balkans déclencherait une nouvelle guerre. Il a obtenu raison durant l'été de 1914. Un incident à Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine, fut l'étincelle qui enflammerait l'Europe.

    En 1908, l'Autriche-Hongrie avait annexé la Bosnie-Herzégovine voisine. Depuis lors, les nationalistes serbes et bosniaques couvaient des projets de vengeance.

    Le 28 juin 1914, ils ont entrevu une possibilité. Ce jour-là, l'archiduc Franz Ferdinand, le prince héritier d'Autriche-Hongrie, venait en visite à Sarajevo. L'étudiant Gavrilo Princip a abattu à bout portant Franz Ferdinand et son épouse avec un pistolet FN belge.
    Princip était membre du mouvement nationaliste Jeune Bosnie. Ce mouvement avait des liens avec la Main Noire, une organisation terroriste obscure serbe. Pour l'Autriche-Hongrie, cela ne faisait donc aucun doute que la Serbie était derrière cet attentat.

    Le 23 juillet, Vienne a déclaré la Serbie responsable et lui a posé un ultimatum. La Serbie a accédé à la majorité des exigences autrichiennes, mais Vienne trouvait tout de même cela insuffisant. Le 28 juillet, Vienne a déclaré la guerre à la Serbie. Le lendemain, l'artillerie autrichienne bombardait Belgrade, la capitale serbe. L'Autriche-Hongrie s'est assurée du soutien allemand.
    Etant donné les engagements mutuels et les alliances, un conflit à grande échelle était inévitable.

  • Le début

    Après l'attentat de Sarajevo, la France a appelé à la mobilisation générale. Les armées furent mises en état d'alerte. Le 2 août, l'armée allemande franchit la frontière avec le Luxembourg. Deux jours plus tard, ils envahirent également la Belgique. Pour la Grande-Bretagne, il s'agissait là d'un motif pour entrer elle aussi en lice contre l'Allemagne. La Première Guerre mondiale avait débuté.

    Tout de suite après le déclenchement de la guerre, les Centraux se retrouvèrent à deux. L'Italie, le troisième membre de la Triple Alliance, s'était retirée. Selon les Italiens, les deux alliés avaient en effet eux-mêmes déclenché l'attaque. L'Italie trouvait donc qu'elle n'était pas obligée de leur venir en aide.

    Presque immédiatement, en août 1914, l'Allemagne bat l'armée russe. La menace est provisoirement écartée sur le front est.

  • La Bataille de l'Yser

    La Belgique était neutre. Aussi bien la France que le Royaume-Uni et l'Empire allemand en étaient garants. Cependant, le 4 août 1914, l'Allemagne viola unilatéralement le traité. Trente-huit divisions des 1ère, 2ème et 3ème armées allemandes (quelques 800.000 hommes) envahirent la Belgique. Ils avaient l'intention d'écraser la petite armée belge de 200.000 hommes et de se diriger ensuite vers le sud pour encercler et battre les Français.

    Mais les Belges ne se sont pas si facilement laissés écraser. Alors que le Corps expéditionnaire britannique était en route, les Belges se défendaient avec ténacité. Ils retardèrent ici et là la progression de quelques jours cruciaux et résistèrent pendant deux mois décisifs près d'Anvers. Les Allemands avaient prévu qu'ils conquerraient Paris et battraient les Français dans les 39 jours. Au lieu de cela, les Alliés stoppèrent leur progression début septembre. Aussi bien les Allemands que les Alliés envoyèrent des troupes vers le nord, en direction des ports de la Manche. Les deux forces armées tentaient de se couper mutuellement le passage tout en continuant à progresser.

    Entre-temps, les restes de l'armée belge, qui s'était retirée d'Anvers, s'étaient rassemblés sur la rive gauche de l'Yser. Ils y constituaient un front. Le 20 octobre, la 4ème armée allemande se lança à l'assaut. Deux jours plus tard, des éléments d'une division allemande parvinrent à traverser le cours d'eau. Les Belges durent se replier jusque derrière la voie ferrée Nieuport-Dixmude. Près de Dixmude, la moitié des 6.500 fusiliers-marins français envoyés en renfort furent éliminés. La défense tenait bon. Mais pour combien de temps encore?

    Le 25 octobre, le roi Albert I, le commandant de l'armée belge, donna l'ordre d'inonder la plaine derrière l'Yser. A l'embouchure à Nieuport, les écluses étaient ouvertes avant chaque marée montante et étaient de nouveau fermées à marée basse. Avec deux marées hautes par jour, plusieurs jours étaient nécessaires pour laisser entrer suffisamment d'eau de mer et éviter qu'elle ne retourne à la mer. Mais, juste au moment où les Allemands étaient sur le point de percer définitivement jusqu'aux ports de la Manche les 29 et 30 octobre, le fleuve et les terres inondées constituaient un obstacle infranchissable. Les Allemands n'avaient plus rien d'autre à faire que de se replier. Malgré des attaques répétées, l'eau a mis le secteur de l'Yser à l'abri pour le reste de la guerre.

  • La Première bataille d'Ypres

    La Première bataille d'Ypres

    A la mi-octobre 1914, les collines autour d'Ypres, qui se trouvaient à 4 à 8 km du centre de la ville, étaient en possession des Français et des Britanniques. Le 18 octobre, la 7ème division d'infanterie et la 3ème division de cavalerie britanniques reçurent l'ordre de progresser vers l'est et de se placer à côté de la cavalerie française à Roulers. Ils n'y parviendraient jamais. Ils ne se rendaient pas compte de l'ampleur avec laquelle ils seraient eux-mêmes attaqués.

    Deux jours plus tard, c'était les Allemands qui occupaient les collines. Ils s'étaient également emparés de Passendale, qu'ils n'abandonneraient plus pendant trois ans. Le lendemain, le 21 octobre 1914, ils lancèrent leur attaque sur la ville. La Première bataille d'Ypres avait débuté. A Langemark, des soldats de carrière chevronnés de la 1ère division britannique faisaient face à une multitude de réservistes et volontaires allemands, le plus souvent des élèves-officiers et des universitaires qui avaient à peine six semaines de formation militaire derrière eux. Au moins 3.000 d'entre eux ne survivraient pas à l'attaque. Un grand nombre d'entre eux sont enterrés dans le Studentenfriedhof, le cimetière militaire allemand à Langemark.

    Malgré leurs pertes, les Allemands repoussèrent encore les Alliés. Le 31 octobre, ils avaient conquis Geluveld et ils avaient presque enfoncé les lignes britanniques sur la Meenseweg. Le jour suivant, ils s'emparaient de la crête des collines de Messines et Wijtschate, tandis que les Britanniques reconquéraient Geluveld. Le sort d'Ypres ne tenait qu'à un fil. Les 11 et 12 novembre, les Allemands occupaient Sint-Elooi. Le Corps expéditionnaire britannique professionnel était entre-temps presque entièrement anéanti. Les cuisiniers, les fourriers, les signaleurs et autres combattants étaient envoyés à la ligne de feu, avec ou sans armes.

    Mais les attaques allemandes étaient moins vives, et les deux camps cessèrent rapidement la bataille par épuisement. C'était la fin de la Première bataille d'Ypres et le début de la guerre des tranchées - et de l'hiver. Afin d'éviter que les Alliés ne se mettent à l'abri à Ypres, les Allemands attaquaient sans cesse la ville. Le 22 novembre, ils firent feu sur les Halles aux draps et tout le centre de la ville. Le Saillant était entre-temps réduit de moitié par rapport au début et quelques 100.000 hommes étaient déjà tombés au champ d'honneur. Et au moins 400.000 autres y laisseraient leur vie pendant les trois années suivantes.

  • La trêve de Noël

    A partir du tout début de la guerre des tranchées, en novembre 1914, il y avait des signes d'accords tacites. A divers endroits, des soldats des deux camps faisaient mention dans leurs écrits d'interruptions dans les combats, surtout vers l'heure du déjeuner et le soir, lorsque les rations étaient apportées à la ligne de front.

    Depuis les guerres napoléoniennes, il avait été question dans presque toutes les grandes campagnes de trêves informelles. Néanmoins, le degré de fraternisation entre les troupes britanniques et allemandes lors des jours de Noël de 1914 était étonnamment élevé. Les rapports aussi bien des officiers que des simples soldats laissent supposer qu'au moins deux tiers de secteur britannique était impliqué. Chez les Français et les Belges, ce n'était pas bien différent.

    La veillée de Noël était une belle nuit glaciale, éclairée par la lune, qui fut encore plus belle lorsque les Allemands firent brûler des bougies sur de petits sapins et les plantèrent en hauteur sur le talus. 'Comme un feu de rampe dans un théâtre', écrivit un soldat britannique. On chantait des chants de Noël ('je pense que nous chantions de manière moins harmonieuse que les Allemands'). Ensuite, on entendait crier ici et là: 'Hallo, Tommy!' 'Hello, Fritz!' Les 'ennemis' s'aventuraient prudemment dans le no man's land, se serraient la main, se donnaient du feu et échangeaient des cadeaux: des saucisses et des cigares allemands, du hochepot en conserve, du tabac, des photos de famille et des journaux londoniens.

    La trêve a duré au moins jusqu'à la fin du deuxième jour de Noël. A certains endroits, elle s'est prolongée jusqu'au nouvel an et même durant une bonne partie du mois de janvier. Mais dans d'autres secteurs, la guerre poursuivait tout simplement son cours. La situation pouvait être différente 200 mètres plus loin, en fonction de l'attitude d'un chef de bataillon. Partout où il y avait une trêve, les deux camps profitaient de l'occasion pour enterrer leurs morts et améliorer leurs tranchées.

    Dilemmes

    Pendant la trêve de Noël, les soldats rencontraient des 'ennemis' qui, tout comme eux, voulaient oublier les horreurs des quatre premiers mois de guerre. Winston Churchill, qui avait 39 ans à l'époque et qui était First Lord of the Admiralty (c'est-à-dire ministre britannique de la Marine), avait été reporter pendant la guerre des Boers en Afrique du Sud et connaissait donc le dilemme auquel les soldats étaient confrontés. En novembre 1914, il écrivit à sa femme : 'Je me demande ce qu'il se passerait si les armées déposaient tout à coup les armes en même temps et disaient qu'il fallait trouver une autre manière de régler les différends!'

    Pour beaucoup d'autres, il n'y avait absolument pas de dilemme. Le lieutenant Tyrell, qui était attaché en tant que médecin au 2ème bataillon Lancashire Fusiliers, écrivit dans son journal: 'Jeudi 24, veille de Noël. Ici, ce n'est pas la paix! Grondements de canons autour de Ploegsteert et de Messines.' D'autres encore se trouvaient face à un choix moral, même si ce ne fut que temporaire. Le général de brigade Count Edward Gleichen, le commandant de la 15ème Brigade d'infanterie britannique pendant la trêve de Noël, écrivit plus tard: 'Que devaient faire nos hommes lorsque des soldats allemands sortirent de leurs tranchées et se dirigèrent désarmés de notre côté, avec des cigares et des vœux pour Noël? Tirer? On ne tire pas sur des hommes désarmés.'

    Il n'y avait pas de doute parmi les dirigeants des diverses églises chrétiennes. Ils étaient tous convaincus que leur camp menait une guerre légitime. Mais pour un homme comme l'artiste flamand, l'internationaliste et le pacifiste qu'était Frans Masereel, le concept 'guerre légitime' était aussi absurde que grotesque. Masereel travaillait comme volontaire bénévole pour la Croix Rouge à Genève, où il triait le courrier pour les prisonniers de guerre. Par la suite, il y utilisa ses talents artistiques pour critiquer sévèrement le comportement de toutes les nations belligérantes. Ses gravures sur bois et ses dessins paraissaient tout d'abord dans Les Tablettes, un mensuel opposé à la guerre, et par la suite dans le journal La Feuille. Masereel arrivait le plus souvent à 11 heures du soir, deux heures avant que le journal ne parte chez l'imprimeur, il choisissait un sujet et le transformait sur place en un dessin. Il devait donc être réussi du premier coup: on n'avait pas le temps de faire des modifications.

    Mais la guerre se prolongeait. Les commandants craignaient que la vie monotone dans les tranchées ne puisse de nouveau mener à la philosophie du 'vivre et laisser vivre' qui avait inspiré la trêve de Noël. C'est pour cette raison qu'ils ont donné l'ordre aux officiers de base d''encourager l'attitude offensive des troupes à l'aide de tous les moyens disponibles, même s'ils étaient sur la défensive'.

     

  • Au Front

    La vie dans les tranchées

    De tous les faits d'armes de la Première Guerre mondiale, ce sont les batailles meurtrières - Verdun, la Somme, Passendaele - qui frappent le plus l'imagination. Et pourtant, le mot 'bataille' n'est que rarement mentionné dans les mémoires et les témoignages. Ce qui est resté dans la mémoire des gens, c'est la vie dans les tranchées: l'ennui, le froid, la boue, les animaux nuisibles, la misère ... et, malgré tout, l'aventure et l'amitié.

    Boue

    Le plus grand fléau dans les tranchées était le mauvais temps. Une averse transformait les terres cultivables grasses et fertiles en un gigantesque bourbier. Des trous d'obus profonds de plusieurs mètres se remplissaient de boue, qui aspirait inéluctablement les hommes, les canons et même des attelages entiers de chevaux vers le bas. Les tranchées devaient dès lors être constamment entretenues. Parfois, on ne pouvait même plus distinguer de tranchées. 'Boue et boche' étaient les pires adversaires du commandant en chef français Foch.

    Froid

    Outre la boue, il y avait aussi le froid. Lors de l'hiver de 1917, il a fait moins 20 degrés près d'Ypres. Quoi que vous portiez, le froid passait au travers. On pouvait à peine bouger, allumer un feu était exclu. C'était surtout pénible pour celui qui était de garde lors des interminables nuits hivernales. Celui qui se tenait trop longtemps debout dans les tranchées humides et froides, attrapait des 'pieds de tranchées': des pieds bleus, inertes avec sous peu des inflammations.

    Rats et poux

    Les rats foisonnaient dans et autour des tranchées. Ils rongeaient non seulement la maigre nourriture des soldats, mais aussi les nombreux corps non enterrés dans le no man's land. Dans le roman 'Im Westen Nichts Neues', Erich Maria Remarque les appelle des 'rats de cadavre':

    'Ils mangent le pain de tout le monde. Kropp enroule le sien dans la toile de sa tente et le met sous sa tête, mais il ne parvient pas à dormir car les rats passent sur son visage pour pouvoir accéder à son pain.'

    Les poux étaient également un véritable fléau. Dans les tranchées, où l'hygiène n'était pas très présente, personne n'y échappait. Les poux peuvent survivre pendant plusieurs jours sans sang et sont très résistants au froid. Certains hommes en avaient littéralement des centaines sur tout leur corps. Mais retirer les poux trompait l'ennui et était une véritable occupation sociale.

    Problèmes mentaux

    Les soldats n'avaient pas que des problèmes physiques, la vie dans les tranchées était également pénible d'un point de vue mental. Le sentiment prédominant était l'ennui.

    Il y avait par ailleurs la peur de la mort. Les obus et les tireurs d'élite faisaient quotidiennement des victimes. En outre, les soldats se trouvaient littéralement face à face avec la mort. Les corps dans le no man's land ne pouvaient pas toujours être enterrés, si bien qu'ils étaient parfois en train de se décomposer tout près des positions...

    Le manque de sommeil, l'impuissance exaspérante et la confrontation constante avec la mort et la mutilation étaient à l'origine d'une grande lassitude. Selon le journal du front, L'Echo des tranchées-ville, chaque soldat connaissait le tristement célèbre 'cafard'. 'Il s'agit d'une faiblesse morale qui s'empare de vous. Tout est noir. Vous en avez marre de vivre ...'

    Certains soldats devenaient littéralement fous. Le commandement de l'armée n'a pas rapidement pris de tels cas au sérieux mais, durant les dernières années de la guerre, un grand nombre de militaires était traité pour des raisons psychiques.

    Consolation

    Mais la vie dans les tranchées n'était pas faite que de misère. Jour après jour, les hommes attendaient avec impatience l'arrivée des rations, même si la nourriture était souvent mauvaise et monotone. Un repas qui était apporté en retard ou pas du tout était l'une des choses qui les agaçaient et les révoltaient le plus.

    Les cigarettes constituaient également une consolation. Les années ayant précédé la guerre, la cigarette était devenue extrêmement populaire dans toutes les couches de la population. Le tabac et les cigarettes étaient très bon marché par rapport à aujourd'hui.

    Des chats ou d'autres animaux domestiques, provenant le plus souvent d'exploitations agricoles abandonnées, étaient dorlotés par les militaires. Les hommes étaient également très attachés aux nombreuses bêtes de trait et de somme de l'armée: des mulets, mais surtout des chevaux. Tout comme les hommes, des milliers de chevaux furent victimes d'obus, de boulets, de maladies et d'épuisement. De nombreux soldats restaient en apparence impassibles face aux gémissements de collègues blessés, mais même le plus endurci des vétérans éprouvait des difficultés lorsqu'il voyait mourir un cheval.

    Aussi étrange que cela puisse paraître, de nombreux anciens combattants avaient également de bons souvenirs de leurs années passées en tant que soldat. Et ce n'était pas uniquement le cas de ceux qui glorifiaient par la suite l'expérience violente du front, comme le caporal allemand Adolf Hitler. Le but commun et le danger partagé créaient dans les tranchées une ambiance d'amitié, à laquelle beaucoup repenseraient plus tard avec mélancolie.

    Les batailles

    Des milliers de soldats laissaient leur vie dans presque tous les combats ou batailles de la Première Guerre mondiale, tout cela pour un gain de terrain incertain de quelques centaines de mètres.

    Chaque combat commençait par un tir de barrage. L'artillerie, qui se trouvait bien derrière sa propre ligne de front, tentait de pilonner les tranchées ennemies à l'aide de canons lourds. Un tel bombardement pouvait durer pendant des heures et faisait un bruit assourdissant ­ si le vent soufflait du bon côté, on pouvait entendre de Londres les canons qui tonnaient à Ypres.

    Après le tir de barrage, il y avait l'assaut. A un signal convenu à l'avance, des milliers de soldats sortaient en même temps de leurs tranchées. Une deuxième vague venait juste derrière eux, puis une troisième et ainsi de suite.

    Sur papier, cela paraissait simple. Tout d'abord, le tir de barrage éliminait les défenseurs. Ensuite, les attaquants devaient traverser le no man's land, se débarrasser de ce qu'il restait de résistance et prendre les positions de l'ennemi.

    Mais dans la pratique, c'était le plus souvent différent. Le tir de barrage faisait souvent beaucoup de ravages, mais les défenseurs parvenaient tout de même à survivre aux bombardements en se terrant profondément dans le sol. Lorsque l'attaque éclatait, ils se précipitaient vers le haut et commençaient à tirer.

    De nombreux hommes étaient déjà touchés après quelques mètres par une balle, un éclat de bombe ou un éclat d'obus. Beaucoup périssaient, d'autres étaient grièvement blessés. S'ils ne pouvaient pas rejoindre leurs propres tranchées, ils devaient attendre de l'aide. Si cette aide ne venait pas, ils ne pouvaient qu'attendre la mort.

    Les tranchées étaient protégées par d'épais rouleaux ou des réseaux de barbelés. Le plus souvent, ceux-ci n'étaient pas suffisamment détruits. Les attaquants étaient alors coincés et étaient inéluctablement abattus à partir des tranchées.

    Les soldats qui parvenaient tout de même à traverser le no man's land ne savaient souvent pas ce qu'ils devaient faire. Sur le champ de bataille, chaque pas en dehors de l'abri d'une tranchée ou d'un trou d'obus pouvait être le dernier. Il était presque impossible de communiquer ou de transmettre des ordres pendant les combats. Le téléphone n'apportait pas non plus de solution car les lignes de téléphone s'arrêtaient là où le no man's land commençait.

    Lorsque le soir tombait, c'était l'heure de mesurer le gain de terrain et de compter les survivants. On vérifiait le nombre de tués et de blessés. Le premier chiffre était souvent inférieur à ce que l'on avait pensé, le deuxième souvent supérieur. Le 1er juillet 1916, le premier jour de la Bataille de la Somme, les Britanniques comptaient par exemple 21.000 morts et deux fois plus de blessés encore.

    Sur certains champs de bataille, des dizaines d'hommes périssaient pour chaque mètre carré de gain de terrain. Avec leurs mitrailleuses et leurs canons, les défenseurs avaient en effet toujours l'avantage. Les généraux en tenaient même compte: ils partaient du principe que s'ils envoyaient suffisamment de soldats vers l'avant, il y en aurait toujours quelques uns qui parviendraient de l'autre côté. Des dizaines de milliers de soldats ont payé cette tactique de leur vie ...

    Le no man's land

    Qu'était le no man's land? Il s'agissait de la bande comprise entre les tranchées les plus avancées des armées ennemies. Le no man's land constituait un ruban sur tout le front ouest. Sa largeur variait entre près de 1.000 et à peine 50 mètres. Il était renforcé par des barbelés; il y avait ici et là des arbres brisés par des impacts d'obus. Il y avait plein de rats, qui vivaient des corps des soldats et des carcasses de chevaux en décomposition. Il était parsemé de trous d'obus, qui se remplissaient d'eau lorsqu'il pleuvait. Les soldats y tombaient et se noyaient. En Flandre, ils étouffaient dans la boue dans laquelle ils s'enfonçaient sous le poids de leur équipement.

    Parfois, au lieu d'une attaque directe, l'infanterie devait se faufiler dans le no man's land et attendre le signal pour une grande attaque. Chaque nuit, des patrouilles traversaient pour aller en reconnaissance ou pour tuer l'ennemi par surprise ou le faire prisonnier. Une patrouille qui était prise sous la lumière d'une fusée était éliminée à l'aide de mitrailleuses. D'après Ernst Jünger, un officier allemand de l'époque, le bruit d'un bombardement d'artillerie nocturne continu était tellement décontenançant que certains hommes en oubliaient leur propre nom ou n'étaient même plus capables de compter jusqu'à trois. Mais de jour, le silence n'était parfois rompu que par la détonation sèche du fusil d'un tireur d'élite.

    Armes

    Jusqu'au début du dix-neuvième siècle, les armes étaient fabriquées par des artisans spécialisés et les batailles été livrées entre de petites armées. La guerre, c'était des coups tactiques expérimentés, de l'improvisation osée et des actes individuels d'héroïsme. Mais à la fin de ce même siècle, l'industrie de l'armement produisait des mitrailleuses par milliers et, comme on peut le lire dans un rapport de la Bataille de Verdun, '... trois hommes et une mitrailleuse pouvaient retenir tout un bataillon de héros'. Le caractère de la guerre avait définitivement et fondamentalement changé. Les armes étaient désormais plus importantes que les soldats. Et plus simples en outre: pour manier une mitrailleuse, vous n'aviez pas besoin de posséder les aptitudes nécessaires pour tirer rapidement des coups de feu.

    En août 1914, personne n'en avait réellement pris conscience. Ils l'ont seulement compris, du moins les soldats les plus intelligents du front, lorsque les Allemands se sont terrés vers la fin de la guerre pour défendre le territoire conquis. Quelle que soit la force avec laquelle les Alliés tentaient de percer les lignes allemandes, ils étaient stoppés par des mitrailleuses et étaient mis en lambeaux par l'artillerie allemande: les 'nouvelles' et les 'anciennes' armes. Les défenseurs avaient tous les atouts en mains.

    Lors de la Première Guerre mondiale, la portée de l'artillerie était plus grande que jamais auparavant (plus de 20 kilomètres pour les plus gros obusiers), si bien que les batteries pouvaient se tenir bien derrière les lignes, hors de la vue de l'ennemi. Grâce aux projectiles toujours plus modernes et à la meilleure maîtrise du recul, les canons pouvaient désormais également tirer rapidement et tout de même avec précision, du moins s'ils se trouvaient sur une base solide. A partir de 1917, la tactique de l'artillerie s'était également beaucoup améliorée, avec cinq ou six barrages successifs de projectiles, qui glissaient lentement vers l'avant lors d'une attaque et étaient suivis par l'infanterie qui progressait.

    Cependant, aucun des deux camps n'avait une nette avance en ce qui concerne l'armement, même pas pour les mitrailleuses. Ils avaient donc recours à de nouvelles inventions afin de sortir de l'impasse. Ils se défendaient avec d'énormes quantités de barbelés - obstacles qui étaient pratiquement infranchissables avant l'arrivée des tanks - et avec des blockhaus en béton. Ils s'attaquaient mutuellement à l'aide de gaz asphyxiants, de lance-flammes, de bombes, de tanks et de grenades à main (la grenade à main était pour la Première Guerre mondiale ce que la baïonnette avait été pour la Bataille de Waterloo). Ils creusaient des galeries sous les positions ennemies et les remplissaient d'explosifs lourds.

    Gaz

    Le 22 avril 1915, le gaz asphyxiant mortel a été utilisé pour la première fois dans l'histoire près de Steenstraat, entre Ypres et Dixmude. Un nuage jaune-vert s'est lentement dirigé vers les tranchées des Alliés. Les Français et les Canadiens en prirent leur paquet.

    Les Allemands conserveraient leur avance précoce concernant les armes chimiques pendant le reste de la guerre. De grandes entreprises comme Bayer et Badische Anilin produisaient sans cesse des gaz encore plus mortels et efficaces.

    Au départ, le gaz provenait de grands cylindres, dont vous deviez simplement ouvrir le robinet. Par la suite, des obus à gaz ont été mis au point.

    Le gaz était mortel mais heureusement très difficile à utiliser. Le plus important était que le vent souffle du bon côté. Sinon, le gaz restait sur place ou, pis encore, revenait vers vos propres rangs. En ce qui concerne le vent, les Allemands étaient dans une position désavantageuse: ils se trouvaient du côté est du front alors que le vent venait le plus souvent de l'ouest.

    A Steenstraat, les Allemands utilisèrent du gaz chlorhydrique. En décembre 1915, ils employèrent du phosgène, qui était beaucoup plus dangereux. Le gaz moutarde (ou ypérite, ainsi nommé d'après la ville d'Ypres) fit son entrée au front en juillet 1917. Le but n'était pas de tuer mais de rendre les soldats inaptes au combat pour une longue durée.

    Les masques à gaz constituaient l'unique protection contre les gaz asphyxiants. Quelques semaines seulement après la première attaque au gaz, les Britanniques avaient déjà une sorte de masque primitif. Mais ce n'est qu'en 1917 qu'ils mirent au point un masque à gaz qui était tout à fait sûr ­ sauf contre le gaz moutarde, car il s'infiltrait également dans le corps à travers la peau. Plus de 90 pour cent des victimes pouvaient revenir au front après une attaque au gaz. Mais beaucoup souffriraient de troubles respiratoires pour le reste de leur vie. Et l'angoisse persistait elle aussi...

    L'assistance médicale

    Une guerre à échelle industrielle faisait de nombreuses victimes. En théorie, les Alliés y étaient préparés, mais dans la pratique c'était très différent. Deux tiers des soldats belges qui périrent dans la Bataille de l'Yser, trouvèrent la mort près des gares de Dunkerque et de Calais, où ils avaient attendu pendant des jours couchés en rangs des soins qui ne sont jamais arrivés. Et sans l'assistance d'unités d'ambulanciers volontaires, encore plus de soldats belges et français auraient perdu la vie.

    Durant les premiers mois de guerre, les services médicaux des deux camps furent complètement dépassés, aussi bien par la nature des blessures que par le nombre de blessés. Sur le front ouest, la guerre était menée sur des terres cultivables fertiles, très amendées. Les impuretés et les bactéries s'infiltraient dans les blessures, qui commençaient de ce fait à pourrir, se remplissaient de gaz et enflaient. C'était la redoutée gangrène du gaz, une affection qui n'avait rien à voir avec les attaques au gaz mais qui a coûté la vie à bien plus d'hommes, même s'ils n'étaient que légèrement blessés. Les antibiotiques n'existaient pas encore à l'époque et les désinfectants mis au point pendant la guerre n'étaient pas efficaces. Le meilleur traitement était d'enlever le plus rapidement possible le tissu corporel touché.

    Lorsqu'un soldat était blessé au front, il était emmené au poste de secours ('aid-post', 'hulppost', 'Verbandplatz') le plus proche, qui ne se trouvait généralement pas très loin de la ligne de front la plus avancée. Après avoir reçu les premiers soins, il se dirigeait à pied vers un autre poste de secours avancé ou il y était emmené afin qu'on lui fasse une piqûre contre le tétanos. Ensuite, un trajet pénible dans une ambulance ou dans un véhicule tiré par des chevaux l'emmenait vers l'hôpital mobile le plus proche, appelé CCS (casualty clearing station) en anglais, veldhospitaal en néerlandais et Feldlazarett en allemand.

    Certains de ces hôpitaux mobiles se trouvaient dans des bâtiments que l'armée s'était appropriée. La plupart étaient néanmoins des villages de tentes aux abords des artères ferroviaires, afin que les blessés puissent y être facilement transportés et en repartir. Mais les trains qui véhiculaient les blessés - les tapis roulants de cette guerre industrialisée - transportaient également, sur le chemin du retour vers le front, des munitions et des troupes fraîches. Les munitions étaient stockées à proximité des artères ferroviaires et constituaient donc une cible idéale pour l'artillerie ennemie. Les hôpitaux mobiles peu solides dans les environs en faisaient donc également les frais.

    De nombreux blessés mouraient avant de pouvoir atteindre un hôpital mobile. D'autres mouraient à l'extérieur sur des brancards en attendant qu'un lit se libère. Les soldats britanniques qui pouvaient être sauvés, étaient transportés en train, après quelques arrêts dans des postes de secours et des hôpitaux mobiles, vers l'un des hôpitaux de base sûrs près de la côte. Celui qui n'avait pas de chance était renvoyé au front après avoir reçu des soins. Mais tout soldat britannique espérait ardemment avoir une 'Blighty wound': une blessure qui était suffisamment grave pour être transporté vers l'Angleterre dans le navire-hôpital mais qui n'était pas assez grave pour causer un handicap permanent au soldat blessé en question (le surnom 'Blighty' pour l'Angleterre provenait des soldats qui avaient séjourné aux Indes anglaises; en Hindi, bilayati veut dire 'un endroit à une certaine distance').

  • Derriere le front

    Une population hétéroclite

    Outre les nombreux soldats en cantonnement, il y avait beaucoup d'autres militaires qui étaient actifs derrière le front, comme les troupes de transport et les divers corps de travail. Ils devaient apporter du matériel et des munitions et effectuer toutes sortes de travaux, comme des travaux routiers. L'un d'entre eux était le Chinese Labour Corps, composé d'ouvriers provenant de la région Wei-hai-Wei louée par les Britanniques. Divers gros hôpitaux mobiles se trouvaient également derrière le front. Souvent, quelques gros cimetières militaires nous le rappellent aujourd'hui. De nombreux quartiers généraux se trouvaient également derrière le front.

    Beaucoup de femmes travaillaient derrière le front, généralement de jeunes réfugiées belges. Elles étaient infirmières, lavaient et épouillaient les uniformes ou gagnaient leur vie dans des cafés, des restaurants ou des bordels. De nombreuses femmes travaillaient également indirectement pour l'armée, par exemple dans des armureries. Partout, les femmes prenaient la place des hommes qui combattaient au front.

    Un groupe à part derrière le front était constitué par les prisonniers de guerre: des militaires qui avaient été faits prisonniers ou qui s'étaient rendus à l'ennemi. Une telle reddition était relativement risquée car le moindre mouvement suspect vous valait une balle. Celui qui parvenait malgré tout à se rendre était le plus souvent relativement bien traité. Les prisonniers de guerre étaient transportés vers des camps et engagés pour effectuer des tâches derrière le front. La propagande des deux côtés tentait d'ailleurs continuellement de pousser les ennemis à se rendre.

    Censure et propagande

    Les autorités estimaient que les mauvaises nouvelles ne pouvaient que mener au découragement. C'est pourquoi la presse a été sévèrement censurée. Le public était donc à peine tenu au courant de ce qu'il se passait au front. Tout le monde ne s'est pas soumis à cela. Ainsi, l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné a été fondé à Paris. Le fondateur Maurice Maréchal affirmait ainsi d'un ton moqueur: 'Tout le monde sait que la presse française communique sans exception des informations entièrement correctes à ses lecteurs. Eh bien, le public en a assez. Il veut des informations incorrectes pour changer. Et il va en avoir.

    Dans les deux camps, les histoires les plus fantaisistes circulaient à propos de l'ennemi. Au début de la guerre, la presse alliée accusait les Huns, comme elle appelait les Allemands, de couper les mains d'enfants belges. De leur côté, les Allemands pensaient que des citoyens belges tiraient de leurs maisons dans le dos des soldats allemands.

    Toutes les lettres du front vers la famille et inversement étaient également sévèrement censurées. Surtout les mentions de noms de lieux au front étaient strictement interdites. La censure était parfois rude: les passages refusés étaient sans mot dire découpés ou brûlés afin de les faire disparaître de la lettre. De nombreux trucs étaient utilisés pour éviter la censure: ainsi, certaines lettres pouvaient être soulignées dans la lettre. Ensemble, elles constituaient le nom de l'endroit où se trouvait l'expéditeur

    Poperinge et Roulers

    Si les soldats avaient de la chance, il y avait une petite ville dans les environs de leur camp ou de leur cantonnement. Ils s'y rendaient pour manger, boire, acheter des cigarettes, rencontrer des femmes et acheter des souvenirs. Avec leur maigre solde - un fantassin britannique recevait un shilling par jour, et un poilu belge ne recevait lui aussi qu'une fraction de ce que gagnait un ouvrier - les soldats tentaient de s'amuser le plus possible.

    Pour les alliés, Poperinge était le principal et le plus proche centre de divertissement. Les Allemands allaient principalement à Roulers, mais aussi à Ostende et à Gand. Dans des endroits comme Poperinge et Roulers, la prostitution était en plein essor. Les bordels n'étaient le plus souvent pas très hygiéniques, le risque de maladies vénériennes était donc grand. Les soldats qui en étaient victime étaient facilement inaptes au combat pour un mois. Le commandement de l'armée tentait de s'attaquer au problème à l'aide de lourdes peines pour celui qui tombait malade, d'inspections des parties génitales et de bordels de l'armée officiels.

    On pensait également au bien-être spirituel des militaires. La plupart des soldats étaient croyants, et chaque armée avait des aumôniers à son service. En outre, de nombreuses organisations privées étaient également actives. Du côté britannique, la Talbot House à Poperinge est surtout restée connue. Talbot House, ou en abrégé Toc H, était une sorte de club pour les militaires. Les officiers et les simples soldats y étaient traités sur un pied d'égalité, ce qui était tout à fait exceptionnel. Des messes étaient célébrées dans la chapelle du grenier, souvent pour des soldats qui devaient se rendre au combat le lendemain.

    La famille

    Lors de la Première Guerre mondiale, ce n'était pas seulement des armées mais bien des nations toutes entières qui s'affrontaient. La guerre dévorait tellement d'armes et d'hommes que même ceux qui étaient restés à la maison devaient se battre, avec leurs propres moyens bien sûr. Toute la main-d'œuvre disponible fut employée dans l'industrie de l'armement afin de produire les quantités énormes d'armes et de munitions. En 1914, 50 000 personnes travaillaient dans les armureries en France et en 1918, leur nombre était déjà de 1,7 million. Toute l'économie était placée sous le signe de la guerre.

    L'absence de centaines de milliers de jeunes hommes avait également des conséquences sociales profondes. Leur place sur le terrain et dans les usines était souvent prise par des femmes. Ce n'est pas étonnant que la position sociale de la femme ait radicalement changé pendant la guerre. Les femmes bourgeoises se rendaient utiles par la charité. Lors des premiers jours de guerre surtout, cela grouillait de nombreux réfugiés, blessés et sans abri.

    Celui qui avait un mari, un fils ou un frère au front ne pouvait pas faire grand-chose d'autre que d'attendre dans l'angoisse. Au fur et à mesure que la guerre se poursuivait, chaque village, chaque quartier, chaque rue avait ses morts à déplorer. L'histoire des Pals' Battalions britanniques - des volontaires de la même usine, du même quartier ou de la même association - est particulièrement cruelle. Ils étaient engagés ensemble au front et perdaient parfois la moitié de leurs hommes en une fois. La perte pour les familles prenait alors des formes désastreuses.

    L'homme et la femme de la rue avaient du mal à joindre les deux bouts. En même temps, l'usure foisonnait: tout ce qui était rare était terriblement cher. Dans les pays belligérants, les denrées alimentaires principales furent dès lors rationnées au bout d'un certain temps: les gens recevaient des tickets de rationnement..

    La Belgique occupée

    La situation dans la partie occupée de la Belgique était franchement mauvaise. Le problème numéro un était l'approvisionnement en nourriture. L'agriculture, l'industrie et l'importation étaient en effet pratiquement paralysées. Les autorités allemandes ont permis à un Comité national de secours et d'alimentation d'organiser l'approvisionnement. L'aide alimentaire américaine est venue du Committee for the Relief of Belgium, sous la direction du futur président Herbert Hoover. Partout dans le monde, des actions de charité récoltaient de l'argent pour la 'poor little Belgium'.

    Dans la Belgique occupée, les citoyens devaient avoir un permis pour voyager: chaque Belge porte depuis lors une carte d'identité. L'économie était entièrement au service de la machine de guerre allemande. En même temps, il y avait des centaines de milliers de chômeurs. En 1916, l'occupant a instauré un service de travail obligatoire pour tous les hommes de 14 à 60 ans. Par la suite, les femmes ont également été mobilisées. Des dizaines de milliers de citoyens ont été embauchés derrière le front ou déportés vers l'Allemagne.

    Il y avait peu de résistance armée en Belgique. Néanmoins, des informations militaires filtraient de l'autre côté de la frontière et la voie ferrée vers Aix-la-Chapelle fut plus d'une fois sabotée. De jeunes hommes tentaient de fuir le pays afin de rejoindre, via l'étranger, l'armée derrière l'Yser. Pour les en empêcher, les Allemands fermèrent la frontière néerlandaise à l'aide d'une clôture sous haute tension. Nombreux sont ceux qui y trouvèrent la mort.

    Piquet et permission

    Aucun militaire ne restait au front pendant toute la guerre. Normalement, un séjour dans les tranchées de la première ligne durait environ quatre jours, mais la relève se faisait parfois attendre plus longtemps. Ensuite, les hommes se rendaient pour quelques jours 'en piquet' à la deuxième ligne. Ils y effectuaient de petites tâches et étaient rapidement disponibles pour renforcer la première ligne, si cela s'avérait nécessaire. Après le piquet, les soldats avaient quelques jours de repos dans leur cantonnement.

    Ces cantonnements étaient le plus souvent de vastes camps de baraques ou de tentes. Parfois, les militaires s'installaient chez de simples citoyens. Chaque soldat attendait avec impatience le moment de la relève: 'C'est agréable d'être en dehors des tranchées. Vous avez de nouveau la liberté de dire 'dans une heure'.' (C.E. Montague).

    Les hommes qui revenaient du front étaient épuisés. Ils voulaient dès lors avant tout rattraper leur retard de sommeil. Ensuite, ils partaient à la recherche d'eau et de vêtements propres et d'un repas substantiel, car ils avaient parfois dû s'en passer pendant des semaines. Dans le camp, il y avait peu de choses à faire. Le bricolage, les jeux de cartes et même le jardinage rompaient l'ennui. Le repos était d'ailleurs un concept relatif dans l'armée: les soldats devaient généralement tout de même effectuer de nouveau toutes sortes de petites tâches.

    Les Britanniques, les Allemands, la plupart des Français et certains Belges pouvaient de temps en temps aller en permission chez eux. Cela se passait très rarement, et irrégulièrement en outre. Les soldats attendaient naturellement avec impatience une telle permission. Pourtant, elle était souvent décevante: la famille ne comprenait pas ce qu'il se passait au front. Parfois, ils pouvaient à peine profiter de leur permission: ainsi, les Ecossais n'avaient, comme tout soldat britannique, qu'une semaine, même si le voyage durait si longtemps qu'ils devaient pratiquement repartir immédiatement.

     

  • La deuxieme bataille d'Ypres

    Le 22 avril 1915, vers 5 heures de l'après-midi, un épais nuage jaune-vert s'est élevé lentement des lignes allemandes près de Steenstraat.

    Il s'est avéré par la suite qu'il s'agissait de gaz chlorhydrique. Les soldats français et algériens prirent massivement la fuite vers l'arrière. Beaucoup d'entre eux n'en sortiraient pas vivants. En quelques heures de temps, les Allemands progressèrent en direction d'Ypres. Tout s'était passé tellement rapidement que même les Allemands étaient surpris. C'est pourquoi le commandement de l'armée a ordonné aux troupes de se terrer. Les soldats obéirent, mais à contrecoeur.

    Après l'attaque au gaz, les commandants alliés ont pris conscience qu'Ypres courait un danger. La place des Français ayant pris la fuite a été immédiatement reprise par des troupes canadiennes. Ils sont partis en contre-attaque près de Sint-Juliaan. Par la suite, les Britanniques et les Belges leur sont également venus en aide.

    La Deuxième bataille d'Ypres avait débuté. Les combats dureraient cinq semaines.

    C'est au nord d'Ypres que la menace était la plus présente. Les unités allemandes y avaient franchi à deux endroits le canal Ieperlee. Pas à pas, les troupes françaises et belges parvinrent à les repousser. De lourds bombardements allemands et de nouvelles attaques au gaz firent néanmoins de nombreuses victimes.
    A l'est d'Ypres, les Allemands faisaient face aux troupes britanniques. Aux alentours de Hill 60, du Sanctuary Wood et du Hoge, on se battait pour chaque mètre.

    Ceux qui n'avaient pas encore fuit Ypres le faisaient désormais. Camiel Delaere, le curé actif de l'église Saint-Pierre, et Geoffrey Winthrop Young, le chef de la Friends' Ambulance Unit volontaire, durent également quitter la ville. Seuls les militaires restèrent sur place. Ypres était toujours aux mains des Britanniques mais il ne restait rien de plus qu'une ruine abandonnée.

    La Deuxième bataille d'Ypres cessa fin mai, à défaut de munitions et de soldats. Les Allemands avaient progressé sur une grande partie du Saillant d'Ypres de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres. Ils s'étaient donc de nouveau rapprochés un peu plus de la ville.

    Un lourd tribut avait été payé pour ces cinq semaines de combat. Il y avait 35.000 morts et blessés du côté des Allemands et 60.000 du côté des Britanniques.

  • Artois et Champagne

    En mai 1915, les troupes françaises et britanniques attaquèrent en Artois. Les combats durèrent pendant quelques semaines et coûtèrent la vie à des dizaines de milliers de soldats. Manifestement, il était très difficile de surprendre des positions ennemies massivement défendues. Une dure leçon, mais aucun des deux camps ne semblait la prendre au sérieux pour l'instant.

    Lors de l'automne de 1915, les Alliés firent de nouveau une tentative. Ils attaqueraient sur deux fronts: les Français en Champagne, les Britanniques en Artois.

    En Champagne, le bombardement préparatoire dura trois jours. Les Allemands ne furent donc pas surpris lorsque l'infanterie française est sortie des tranchées, et ils purent parer l'attaque. Dix-huit jours plus tard, l'armée française fut contrainte de se retirer. Elle avait perdu près de 150.000 hommes.

  • Verdun

    Début 1916, le commandement de l'armée allemande a estimé que c'était le bon moment d'attaquer sur le front ouest. Verdun fut choisi comme endroit.

    Tout comme Ypres, Verdun se trouvait dans un saillant. Les défenseurs étaient donc assaillis de trois côtés. Mais les Allemands n'avaient pas l'intention de conquérir la ville. Ils espéraient que l'armée française défendrait Verdun, qui avait une grande valeur symbolique, jusqu'à la dernière goutte de sang. Ils voulaient infliger des pertes tellement sévères aux Français, que ceux-ci imploreraient la paix.

    Les bombardements débutèrent le 21 février 1916. Verdun était mal défendue et, au départ, les Français ont été surpris. Après quatre jours, l' 'imprenable' fort Douaumont est tombé presque sans coup férir. L'empereur, qui s'y trouvait en personne, était follement enthousiaste.
    Le jour même, la défense de la ville fut confiée au général Pétain. Il instaura la 'Voie sacrée' entre Verdun et Bar-le-Duc. Chaque semaine, 90.000 soldats et 50.000 tonnes de matériel seraient acheminés sur cette route en provenance de et vers le front.

    Après quelques semaines, la progression allemande près de Verdun fut stoppée. Malgré l'emploi de lance-flammes et de phosgène, un nouveau gaz mortel, les Allemands ne parvenaient plus à faire une percée.
    Dans les alentours de Verdun, des centaines de milliers de soldats luttaient jusqu'à la mort pour chaque colline, chaque blockhaus, chaque mètre. Des soldats perdaient tout contact avec le reste de leurs troupes et se battaient littéralement à mort. Cette impasse sanglante traînerait pendant neuf mois.

    'On les aura', avait dit Pétain à propos de Verdun, et il avait raison. Pendant l'automne de 1916, les Français ont finalement pu repousser les Allemands. Mais le prix à payer était énorme. Les Français comptaient 160.000 morts et disparus et plus de 200.000 blessés. Les pertes allemandes étaient presque équivalentes.
    Après Verdun, les deux commandants en chef ont dû démissionner. Du côté allemand, Falkenhayn a fait place au tandem Hindenburg-Ludendorff en août. Du côté français, Nivelle a succédé à Joffre en décembre.

  • La Somme

    Les combats prolongés près de Verdun épuisaient chaque jour un peu plus l'armée française. Afin de détourner l'attention allemande, les Britanniques lancèrent une offensive de grande envergure. Ainsi débuta la bataille de la Somme.
    Début 1916, le Royaume-Uni avait instauré le service militaire obligatoire, étant ainsi la dernière grande nation belligérante à le faire. Au fur et à mesure qu'il y avait de nouvelles victimes dans la Somme, les appelés prenaient la place des soldats professionnels et des volontaires.

    Le 1er juillet 1916, le premier jour de la bataille de la Somme, fut un fiasco. L'artillerie britannique avait lancé 1,5 millions de projectiles sur une semaine. Ils pensaient donc qu'il ne resterait plus rien de l'ennemi. Mais les Allemands se terraient si profondément dans le sol, que la plupart d'entre eux avaient survécu au bombardement. Par ailleurs, les obus britanniques étaient de qualité très inégale, et il en tombait tout simplement trop peu par mètre carré. La conséquence fut une boucherie. En un jour, 20.000 Britanniques périrent et 35.000 autres furent blessés.

    Le 15 septembre à Flers, les Britanniques exhibèrent une nouvelle arme: le tank. Mais 31 des 49 tanks furent stoppés par une panne mécanique. Les autres progressaient au pas. Le tank ne faisait donc pas des débuts éblouissants.
    Ce n'est qu'à la mi-novembre que le début de l'hiver a mis un terme à la bataille de la Somme. Les Britanniques avaient perdu 400.000 soldats (morts, disparus, blessés ou faits prisonniers), les Allemands tout autant, les Français 200.000. Ces nombreuses victimes n'avaient fait gagner que 12 km de terrain aux Alliés.

    La Somme était pour les Britanniques ce que Verdun était pour les Français. Les pertes du 1er juillet surtout furent un choc. Les dernières illusions relatives à l''Empire' invulnérable furent définitivement brisées.
    Après les fiascos de Verdun et de la Somme, plus personne ne savait ce qu'il fallait faire. 'La campagne de 1916 s'est terminée pour tout le monde dans une cruelle déception', écrivit le prince allemand Max von Baden. 'Nous et nos ennemis avions perdu nombre de nos meilleurs éléments et nous n'avions pas fait le moindre pas en direction de la victoire.'

    La Ligne Hindenburg

    1917 débuta par une grande surprise. Les Allemands se sont repliés sur une grande partie du front du Nord de la France, parfois de 40 km. La nouvelle ligne de front, la ligne Siegfried ou Hindenburg, était beaucoup mieux défendue que la précédente. Les soldats allemands y avaient travaillé pendant des mois.

    Le repli ne passa pas inaperçu. Les Allemands détruisirent des villages, posèrent des mines, empoisonnèrent des puits, bloquèrent des routes. Ils voulaient empêcher que les Alliés puissent les suivre facilement.

    Arras et le Chemin des Dames

    Le repli allemand n'était pas un hasard. Les Alliés préparaient en effet une attaque de grande ampleur et les Allemands l'avaient appris. En avril 1917, c'était parti. Les Britanniques et les Canadiens attaquèrent à Arras, les Français au Chemin des Dames.

    L'offensive française fut un fiasco. Face à la forte défense allemande, les attaquants avaient peu de chance. Après 5 jours, les Français comptaient 130.000 pertes, dont 35.000 morts.

    Le Chemin des Dames fut pour de nombreux soldats la goutte qui fit déborder le vase. Ils n'étaient pas opposés à la guerre en soi mais bien à la manière selon laquelle elle était menée. Des mutineries éclatèrent dans diverses unités françaises. Les soldats refusaient de retourner au front.

    Pendant ce temps, le tout nouveau commandant en chef français, le général Nivelle, avait de nouveau été remplacé. Son successeur, le général Pétain, fit preuve de plus de compréhension envers les exigences du simple soldat et parvint ainsi à rétablir l'ordre.

    Messines

    En juin 1917, les Britanniques décidèrent de tenter encore une fois une grande attaque. Le but: percer le Saillant d'Ypres et progresser vers les ports de la mer du Nord, Ostende et Zeebrugge. C'est là que se trouvaient des bases des redoutés sous-marins allemands.

    Le 7 juin, les Britanniques donnèrent le premier coup. A Messines, 19 mines souterraines qui avaient été placées sous les lignes allemandes les semaines précédentes explosèrent. Des régiments entiers furent enterrés vivants, et l'explosion fut ressentie jusqu'à Londres et Paris.

    Mais les Alliés n'ont pas utilisé la brèche qu'ils avaient ouverte. Au lieu de faire une percée rapide, ils s'en sont tenus au plan d'attaquer uniquement en juillet. Ils ont ainsi perdu un temps précieux.

    La Bataille de Passendale

    A partir du 16 juillet, l'artillerie britannique a commencé à bombarder les positions allemandes autour d'Ypres. Mais comme si souvent, la défense allemande était tout sauf épuisée, même après 2 semaines.
    Le terrain n'était pas non plus favorable aux Britanniques. Les Allemands occupaient les parties situées en hauteur du Saillant, d'où ils pouvaient surveiller les alentours.
    Le 31 juillet, l'infanterie est sortie des tranchées. La Troisième bataille d'Ypres avait débuté. Elle entrerait dans l'histoire comme étant la Bataille de Passendale.

    En trois mois et demi, les Britanniques ont tenté de percer au moins 10 fois aux alentours de Passendale. Parfois, cela leur faisait gagner quelques centaines de mètres de terrain mais parfois l'offensive s'enlisait littéralement dans la boue. De mémoire d'homme, on n'avait jamais vu d'été aussi humide: le champ de bataille était presque impraticable même pour les hommes, sans parler de l'artillerie lourde. Le commandant en chef britannique Sir Douglas Haig continua cependant à s'en tenir obstinément à son plan. Les hommes politiques, le Premier ministre Lloyd George en tête, ne sont pas intervenus.

    Le 10 novembre, le froid a mis fin à cette lutte vaine. Quelques jours auparavant, les troupes canadiennes s'étaient emparées de la ville dévastée de Passendale. L'objectif final ­ les ports de la mer du Nord ­ ne s'était rapproché que de 10 km. Au printemps de 1918, les Britanniques perdraient de nouveau en trois jours tout le terrain qu'ils avaient gagné.
    En 14 semaines, les Britanniques avaient perdu un quart de million d'hommes (morts, blessés, disparus). Les morts sont enterrés au Tyne Cot Cemetery à Passendale et les disparus y sont commémorés.

  • Attaques Allemandes début 1918

    Pour les Allemands, c'était maintenant ou jamais. Maintenant que le tsar avait été destitué de ses fonctions et que la Russie s'était retirée de la guerre, ils ne devaient plus se battre qu'à l'ouest. En outre, tout le monde savait que les Américains allaient prochainement envoyer des centaines de milliers de soldats au front. Les Allemands étaient donc pressés. C'est pourquoi ils ont lancé une attaque de grande ampleur en direction de Paris en mars 1918.

    L'attaque allemande débuta le 21 mars. Au départ, il semblait que les Allemands allaient percer définitivement. Ils progressèrent de 60 km et firent 80.000 prisonniers de guerre. Pour la première fois depuis 1914, on se battait dans des champs, des bois et des villages qui n'avaient pas encore été touchés par la violence de la guerre.
    Les Allemands se rapprochaient chaque jour. Ils pouvaient bombarder Paris à une distance de 120 km avec le Long Max, un énorme obusier. La ville serait régulièrement bombardée pendant six mois.

    Afin de contenir l'offensive allemande, les Alliés devaient collaborer encore plus étroitement. C'est pourquoi ils nommèrent pour la première fois un seul homme comme commandant en chef de toutes les forces armées. Il s'agissait du général français Foch, qui fut immédiatement promu maréchal.
    Après quelques jours, les Alliés s'étaient remis de la première frayeur. Ils organisèrent la défense et la progression allemande fut stoppée le 4 avril. Mais entre-temps, les Allemands avaient cependant gagné le terrain le plus important depuis 1914.

    En mai 1918, les Allemands attaquèrent dans l'Aisne. Ils s'emparèrent du Chemin des Dames, traversèrent la rivière et occupèrent la ville de Soissons. Paris n'était plus qu'à 50 km.
    En fait, Ludendorff aurait voulu attaquer en même temps en Flandre mais il ne disposait plus de suffisamment de troupes fraîches pour poursuivre sa rapide progression. La maladie, la faim et la désertion ravageaient l'armée allemande épuisée et fortement décimée. Petit à petit, on comprenait que les Allemands étaient à bout de forces.

  • Les Américains

    Et vinrent alors les Américains. A partir de début 1918, les Etats-Unis envoyèrent des forces militaires impressionnantes vers l'Europe. En juillet, août et septembre, 10.000 militaires américains débarquaient chaque jour dans les ports français. Les Allemands se retrouvaient ainsi de plus en plus en minorité chaque jour.

    Les troupes fraîches d'Amérique redonnèrent du courage aux Français et aux Britanniques fatigués. En même temps, la confrontation avec les 'Sammies' provoquait un petit choc culturel. 'La nourriture préférée des Américains se compose de sardines, de confiture et de biscuits', faisait remarquer un soldat français en hochant la tête. 'Ils mélangent ensuite le tout pour en faire une bouillie dégoûtante, qu'ils arrosent avec des litres de vin de table'.

  • La chance tourne...

    Le 8 août 1918, la chance tourna. Ce jour-là, les troupes britanniques, canadiennes, australiennes et françaises attaquèrent ensemble dans les environs d'Amiens. En un jour, 15.000 Allemands se rendirent.

    C'était le début de la fin. Entre le 8 août et le 25 septembre, les Alliés attaquèrent en masse avec des tanks et des avions. 140.000 Allemands furent fait prisonniers de guerre et un demi million d'entre eux déserta. La défaite allemande n'était plus qu'une question de temps.

    Les Alliés avaient plus de soldats, plus de canons, plus de tanks, plus d'avions. Contrairement à ce qu'avaient fait les Allemands au printemps, ils avancèrent pas à pas afin que l'infanterie puisse suivre l'artillerie. Ils repoussèrent ainsi lentement l'ennemi.

    En septembre, les alliés conquirent finalement l' 'imprenable' ligne Hindenburg. A certains endroits, les Allemands opposaient une résistance opiniâtre, à d'autres ils se rendaient en masse.

    Le front est

    La situation était devenue intenable pour les Allemands et leurs alliés non seulement à l'ouest mais aussi sur le front est. Les Turcs et les Bulgares étaient repoussés en défense partout. Fin septembre, la Bulgarie capitula. La Turquie fit de même un mois plus tard.

    Le jeune empereur Karl tenta encore de sauver la monarchie austro-hongroise et son propre trône. Il promit aux peuples de son royaume une autonomie extrême. Mais il était déjà trop tard. Des émeutes éclatèrent à Budapest, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie proclamèrent leur indépendance, et même à Vienne il y avait des troubles. Fin octobre, l'armée autrichienne fut piétinée par les Italiens. Le pays capitula le 3 novembre.

  • November 1918

  • Le bilan

    Dans les pays alliés, la joie était immense. A Bruxelles, toute la ville était descendue dans la rue pour acclamer le roi Albert lors de son entrée festive. A Londres et à Paris, des salves d'honneur retentissaient et des centaines de milliers de gens descendaient dans les rues. Mais la fête avait un goût amer: la patrie était il est vrai libérée mais un tribut excessivement lourd avait été payé pour ces quatre années de guerre.

    Pour l'ensemble de la Première Guerre mondiale, 68 millions d'hommes avaient été mobilisés. Près de 9 millions d'entre eux périrent ­ presque autant que la population totale de la Belgique à l'heure actuelle.
    La Russie comptait 2 millions de morts, l'Allemagne 1,8 million, la France 1,3 million, le Royaume-Uni 1,1 million et l'Autriche-Hongrie 1 million.
    Environ 40.000 morts étaient à déplorer dans l'armée belge. La guerre avait en outre coûté la vie à 5.000 civils belges.

    Les morts étaient commémorés partout. Des cimetières militaires furent construits sur tout le long de l'ancien front. Chaque grande ville reçut son Soldat Inconnu: un mort anonyme, désigné par un aveugle de guerre. Le moindre petit village construisit un monument aux morts.

    Le tribut économique

    Un lourd tribut avait également dû être payé sur le plan économique pour ces quatre années de guerre. Dans la région proche du front, des villages, des routes, des ponts et des usines durent être reconstruits ­ en Belgique, un cinquième de l'infrastructure d'avant-guerre était détruite. Des centaines de milliers d'hectares de terres cultivables étaient remplis d'explosifs non explosés. Aujourd'hui encore, des dizaines d'années plus tard, des 'obus non explosés' ressurgissent régulièrement dans la région de l'ancien front.

    Les pays belligérants étaient ruinés financièrement. Le Royaume-Uni et la France avaient il est vrai gagné la guerre, mais ils avaient de lourdes dettes envers les Etats-Unis, la nouvelle superpuissance. Ils ne seraient plus jamais aussi puissants que ce qu'ils ne l'avaient été avant la guerre.

    L'Allemagne était à plat sur le plan économique, notamment en raison des réparations colossales qu'elle devait payer. L'inflation s'est donc envolée de manière spectaculaire. Celui qui avait de l'argent le dépensait immédiatement, car quelques heures plus tard, il ne valait plus que la valeur du papier sur lequel il était imprimé. Les billets de banques étaient réimprimés de plus en plus rapidement: un billet de dix marks est devenu cent marks, mille marks, un million de marks, dix millions de marks.

  • Le Traité de Versailles

    Le traité de Versailles fut signé le 28 juin 1919, cinq ans exactement après l'assassinat à Sarajevo.

    Allemagne

    Le traité de Versailles était très dur envers l'Allemagne. Elle dut céder un septième de son territoire. L'Alsace-Lorraine fut rendue à la France. A l'est, l'Allemagne dut céder un grand morceau de terre à la nouvelle Pologne. De plus petits territoires allèrent au Danemark et, par la suite, à la Lituanie. Danzig devint une ville libre. La Belgique obtint les Cantons de l'est.
    L'Allemagne dut également céder ses colonies. Elles furent réparties parmi les vainqueurs en tant que territoires sous mandat. La Belgique dirigerait ainsi le Rwanda-Urundi.

    Sur le plan militaire et économique, l'Allemagne avait les ailes rognées. L'armée allemande ne pouvait plus compter que 100.000 hommes. La flotte fut coulée. La Sarre, avec son industrie lourde, fut placée sous la tutelle française; la Rhénanie fut occupée.

    Pour indemniser les dommages de guerre, l'Allemagne devait payer des réparations gigantesques. Rien que les deux premières années, elle devait déjà payer 20 millions de marks-or.

    Une nouvelle Europe

    Le président américain Wilson estimait que chaque peuple avait droit à son propre Etat. C'est pourquoi l'Autriche-Hongrie fut démantelée.

    De l'Autriche en elle-même, il ne restait plus qu'un petit pays, tout comme de la Hongrie. Le reste du territoire fut réparti entre la Pologne, l'Italie, la Roumanie et deux nouveaux Etats : la Tchécoslovaquie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes - la future Yougoslavie.

    De l'Empire ottoman, il ne restait plus que la Turquie. Le Moyen-Orient était sous gestion française ou britannique.

    Les vainqueurs permirent à quatre nouveaux Etats de se séparer de l'Union soviétique: Finlande, Estonie, Lettonie et Lituanie. La Pologne et la Roumanie reçurent également une partie du territoire russe.

    LA SOCIETE DES NATIONS

    Le traité de Versailles créait également une Société des Nations. Les Etats y délibéreraient ensemble à propos de disputes. Mais les perdants de 14-18 ainsi que l'Union soviétique ne pouvaient pas y participer. En outre, le Sénat américain a refusé de ratifier le traité, malgré l'opposition du président Wilson. Les Etats-Unis ne faisaient donc pas partie des membres non plus. La Société des Nations, à laquelle succéderait les Nations Unies après la Deuxième Guerre mondiale, restait un colosse aux pieds d'argile.

    Nouveaux rapports de force

    Après Versailles, la carte de l'Europe avait totalement changé. La Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Finlande étaient des nouveaux venus. La superficie de la Roumaine avait doublé. L'Allemagne, la Russie, la Turquie et surtout l'Autriche et la Hongrie avaient perdu des territoires.
    Partout en Europe, les dynasties séculaires mordaient la poussière. Les Hohenzollern en Allemagne, les Habsbourg en Autriche, les Romanov en Russie et les sultans ottomans disparaissaient de la scène politique.

    Les rapports de force dans le monde ne seraient plus jamais les mêmes. La France et le Royaume-Uni étaient sur le déclin. Il est apparu petit à petit que les Etats-Unis étaient la nouvelle superpuissance. L'Union soviétique deviendrait également un bloc puissant.

    En Allemagne, Adolf Hitler annulerait une à une les dispositions détestées de Versailles. Vingt ans plus tard, le pays était prêt à entamer une nouvelle guerre mondiale.

  • 1919 - Changements sociaux

    Changements

    Pour beaucoup, la fin de la guerre était le début d'une nouvelle ère. Partout, les gens avaient l'impression que le monde était prêt pour de grands changements. Beaucoup regardaient plein d'espoir en direction de la Russie, où la révolution avait enfin chassé le tsar tyrannique et où une nouvelle société semblait prendre forme ­ même si le pays était provisoirement toujours déchiré par une guerre civile sanglante.

    Il y avait partout du changement dans l'air. La journée de travail de huit heures n'était subitement plus un problème, les salaires étaient à la hausse et divers pays avaient pour la première fois des ministres socialistes. Toutes des mesures qui auraient encore été impensables quatre ans auparavant, mais qui ne rencontraient désormais presque pas d'opposition. La bourgeoisie se rendait bien compte que sans ces concessions, les ouvriers finiraient par avoir un jour ou l'autre des idées révolutionnaires.

    Femmes

    Pendant quatre ans, de simples ouvriers et des agriculteurs avaient défendu la patrie. Après la guerre, ils furent pour cela récompensés par le suffrage universel simple : tout le monde avait une voix. Enfin, tout le monde: en France et en Belgique, il a fallu attendre jusqu'après la Deuxième Guerre mondiale pour que les femmes puissent également voter.

    Pendant la guerre, les femmes avaient pris la place des hommes dans les industries et les champs. Mais après la guerre, on est de nouveau revenu en arrière. Les hommes estimaient que la place de la femme était au foyer. Ce n'est qu'après la Deuxième Guerre mondiale que les mentalités commenceraient lentement à changer.